Paul Gauguin

Madame Cezanne dans la serre 1891

Support : Huile sur toile Dimensions : 50 cm x 42 cm

Paul Gauguin a profondément interprété et réélaboré l’enseignement de Cézanne à partir des années 1880, en tirant une leçon très personnelle qui l’a conduit vers le synthétisme et le symbolisme. Il a découvert Cézanne grâce à Pissarro, a peint à ses côtés et a constitué une collection de ses œuvres qu’il étudiait avec soin.

Un exemple très clair est le tableau souvent intitulé « Femme devant une nature morte de Cézanne » (ou « Portrait d’une femme avec nature morte de Cézanne »), où Gauguin place une femme assise devant une reproduction d’une nature morte de Cézanne accrochée au mur, comme un hommage explicite à son aîné.

On peut aussi citer sa « Nature morte à la théière et aux fruits » (vers 1890‑1896, dont la construction en plans inclinés, la table en plongée et les petites touches diagonales rappelant les volumes des pommes montrent clairement la dette envers les compositions cézaniennes.

Louis Roy (1862‑1907) est un peintre et graveur qui fréquente le cercle de Gauguin à la fin des années 1880 et au début des années 1890, notamment via Schuffenecker et les milieux symbolistes. Leur proximité se manifeste par des échanges d’œuvres : Gauguin offre à Roy des natures mortes et réalise son portrait (souvent intitulé « Le peintre Roy »), ce qui a inscrit Roy dans le petit groupe d’artistes que Gauguin estime. Louis Roy joue aussi un rôle technique important : Gauguin lui confie le tirage de plusieurs bois gravés, en particulier ceux liés au projet de Noa Noa, démontrant qu’il lui reconnaît une vraie maîtrise de la gravure et accepte que son langage graphique passe par l’interprétation de Roy.

Paul Gauguin rapproche le visage humain du masque et de la sculpture « primitive » : traits simplifiés, regards opaques, frontalité ou profils coupés, comme dans ses sculptures en bois ou dans des toiles telles que « Manao Tupapau ».Cette dimension de masque exprime à la fois la distance culturelle (le fantasme du « sauvage ») et une volonté de dégager le visage de l’anecdote pour en faire un signe plastique pur, gouverné par la couleur et la ligne plus que par la ressemblance.

Dans certaines œuvres tardives, les arbres puissants ou tordus voisins des figures humaines plongées dans la méditation, la tristesse ou l’énigme. L’arbre peut alors évoquer la durée, la vieillesse, la persistance de la nature par rapport à la fragilité des existences humaines.

Provenance: Edmond Courty, reconnu tant en France qu’à l’étranger comme un amateur d’art éclairé, cultivait sa passion dans une extrême discrétion. On le croisait régulièrement dans les salles des ventes. Tout au long de sa vie, il rassembla patiemment une impressionnante collection d’œuvres, au point qu’elles finirent par envahir chaque pièce de sa villa de Châtillon,  Le Simple Abri. Il s’éteint en 1972, laissant derrière lui le témoignage silencieux d’une vie entièrement dédiée à l’art.

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